Ne pas être dupe de l’évaluation de la personnalité

« L’esprit est structuré comme un langage »,

« L’esprit est structuré comme un langage », cette hypothèse présentée comme un aphorisme par Le Ny en 2006 dans le prolongement du « L’inconscient est structuré comme un langage » de Lacan pose la question de la caractérisation de cet esprit et donc des aspirations personnelles, des valeurs, bref de ce que plus largement on peut mettre sous la bannière de la personnalité. L’expérience de tous les jours nous apprend la polysémie du langage : le sens d’un message dépend largement du contexte dans lequel il est prononcé, de la personne qui le prononce, et de celle qui l’entend. « J’apprends le français » n’a pas la même signification si cette phrase est prononcée par un enseignant de collège, par un étranger vivant en France, ou par un académicien.

L’usage des inventaires pour caractériser la personnalité

La caractérisation de la personnalité dans les évaluations professionnelles est jugée non seulement utile, mais aussi nécessaire par la plupart des praticiens des ressources humaines. Et c’est à travers le langage que passe cette caractérisation. Très concrètement, il convient de faire « dire » directement ou indirectement à un participant les éléments qui structurent sa personnalité. Ce praticien se trouve au carrefour de contraintes qu’il lui est complexe de concilier : il doit explorer les éléments de langage de la personne évaluée, il doit les retranscrire pour un commanditaire (un service des ressources humaines), et ce, en passant par le filtre de son propre langage et donc de sa propre structure.

Pour aider ces praticiens, des questionnaires (ou inventaires) de personnalité inondent les catalogues de nombreux cabinets RH avec pour ambition de mettre au premier rang l’objectivité de la mesure. Ces questionnaires font généralement converger vers un élément caractérisant un trait de personnalité : des propositions, des comportements, des attitudes ou des préférences. Ce trait de personnalité est traduit dans un score, lequel est le plus souvent comparé à une population de référence. Au final, la personnalité d’une personne est caractérisée par l’outil (i) à partir de la définition a priori de l’auteur du questionnaire, (ii) en fonction d’une population de référence. L’usage de cet outil ajoute donc à l’appréciation des éléments de personnalité 2 contraintes supplémentaires (le concepteur de l’outil et la population de référence) aux 3 citées plus haut (le participant, le commanditaire, et le praticien). La complexité confine alors à un repli normatif et simplificateur au paroxysme duquel on trouve l’évaluation chiffrée voire colorée …

Remettre le participant comme acteur de son évaluation

L’appréciation de la personnalité revient donc à remettre le participant (finalement le principal bénéficiaire) au cœur du dispositif, et précisément – puisqu’on parle de sa structure – y remettre le discours de ce participant. La valeur ajoutée du praticien n’est ainsi plus que de questionner sur les éléments de cette structure et de recueillir le discours correspondant.

Le compte-rendu de cet entretien rédigé par le praticien est de fait une résonance entre le discours du participant, le discours du praticien, le discours afférent à l’éventuel questionnaire utilisé, le discours de la population de référence, et le discours a priori du commanditaire (DRH, futur employeur …). La restitution d’un entretien de cette nature qu’il soit ou non outillé par un inventaire de personnalité vise à proposer un compte-rendu (l’agrégation de ces différents discours) qui permettre au participant de réagir et de produire un discours qui ait du sens.

De l’incomplétude de l’évaluation de la personnalité

Cette incomplétude est structurelle de l’activité de l’évaluation des personnes. Les structures mentales sont propres à chacun (individuels et institutionnels) et pour une grande partie inaccessibles puisque inconscientes. Restituer dans un discours aussi riche soit-il ne peut que relever d’approximations que la nature du langage impose à nous. Afficher un questionnaire objectif, une démarche sure est un leurre, que chaque praticien vient vite à dépasser, mettant – on peut le souhaiter – un peu d’humilité quant au discours de vérité qu’il peut tenir.

La compréhension de cet article est aussi un leurre, l’important n’est pas que le lecteur comprenne le message de l’auteur, mais que le discours qui sous-tend ce message permette une représentation qui fasse sens chez le lecteur.

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